Fièvre de la vallée du Rift : le Nord du Burundi inquiet

Fin avril 2022, des avortements inexpliqués et une baisse de la production de lait chez les bovins et les ovins se remarquent. Des vaches et parfois de petits ruminants se mettent à saigner du nez, elles font des poussées de fièvre avant de mourir. Après des analyses vétérinaires, les premiers cas sont signalés dans les provinces du nord et du nord-est du pays, à Ngozi et Kirundo. Jusque-là, pas de vaccin, pas de médicament. La population vit la peur au ventre depuis quelque temps…

Face à cette surprise, les autorités des provinces touchées ont vite réagi avec la fermeture des marchés de bétail et des boucheries pour protéger la population et le bétail non encore atteint. La vente de brochettes dans les bars est aussi interdite dans certaines localités. Interdit  aux cafétérias d’acheter ou de vendre le lait. La stabulation est un ordre encore plus renforcée

« Dans les zones touchées [par la fièvre de la vallée du Rift, NDLR), la restriction de tout mouvement pour les ruminants et l’interdiction de leur abattage doit être respectée jusqu’à nouvel ordre », a déclaré Serges Nkurunziza, directeur général de l’élevage. Des décisions non sans conséquences sur la population.

La population crie au secours à Ngozi et à Kirundo

En commune Marangara, Province Kirundo, dès que la mauvaise nouvelle est tombée, les propriétaires du petit bétail se sont empressées au marché pour « s’en débarrasser ». Les prix ont du coup flambé. Les autorités locales ont décidé d’interdire aussi l’abattage des vaches mortes suite à la fièvre de la vallée du Rift (FVR).

“ C’est difficile d’enterrer une vache car c’est comme enterrer de l’argent. Nous avons aussi peur que même les autres animaux soient contaminés et ensuite nous aussi.” se plaint Serges (pseudo), un éleveur de Marangara.

“Que le gouvernement fasse tout son possible, et si nécessaire qu’il fasse intervenir la communauté internationale pour faire face à ses maladies qui attaquent les animaux  domestiques vu que les experts disent qu’elles peuvent même attaquer les êtres humanins.”déclare Herménégilde (pseudo), un éléveur de la commune Nyamurenza en Province Ngozi.

La poussée du prix du porc à Kayanza

Le porc n’étant pas touché par la FVR, c’est maintenant la viande la plus prisée à Kayanza dans les cabarets. La loi de la demande et de l’offre est impitoyable. Le kilo de viande de porc est passé de 7000 FBU à 10000 FBU. La brochette de porc qui coûtait entre 700 FBU et 800 FBU coûte actuellement  1000 FBU et ses morceaux sont plus  petits que ceux de la brochette de chèvre qui était vendue au même prix.

. Suite aux vols de porcs qui s’observent la nuit, certains propriétaires ont décidé de garder les porcs dans leurs maisons d’habitation pendant la nuit. Dernier petit détail à Kayanza : le lapin qui coûtait entre 8000 FBU et 10000 FBU coûte actuellement entre 20.000 FBU et 25.000 FBU.

Le ministre tranquillise

Dans une réunion organisée ce vendredi 27 mai 2022 avec les partenaires, le ministre Deo-Guide RUREMA qui a l’agriculture et l’élevage en ses attributions a rappelé qu’il n’est pas bon de consommer de la viande ou des produits laitiers d’un animal présentant déjà des signes. Néanmoins,a-t-il ajouté, il n’est pas interdit de consommer des produits des animaux sains,à condition de bien bouillir le lait ou bien cuire la viande avant la consommation.

Il a aussi annoncé la mise en place d’un comité de crise et de coordination qui va affiner un plan de lutte contre ce fléau et réunir les fonds nécessaires pour l’achat du vaccin contre la fièvre de la vallée du Rift

Au vu peu de scrupule de certains commerçants qui risquent de profiter de la brèche ouverte par le ministre pour mélanger le bon grain de l’ivraie, ne faudrait-il pas accepter de passer quelques mois sans brochette et revenir aux traditions végétariennes de nos ancêtres ?

Prudence en tout cas.

Il semblerait également que les races locales soient mieux épargnées ! Pour dire que l’agroécologie  (semences et races paysannes, nourriture plus saine et moins carnée dans le cas d’éspèce) n’a pas l’étiquette  ‘’rétrograde’’ que l’on cherche à lui coller.