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Filière coton en crise : des agriculteurs abandonnés malgré leurs récoltes

Publié : Mardi 28 avril 2026 13:01
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Les producteurs de coton se lamentent pour le retard de paiement de leur production. Ils réclament la mise en place d’un calendrier clair et respecté de paiement. La COGERCO tranquillise.

 

Dans les communes de Cibitoke, Bubanza et Bukinanyana, la grogne monte parmi les producteurs de coton. À l’origine de cette tension : des retards répétés dans le paiement des récoltes, une situation qui fragilise profondément les ménages ruraux et remet en question la confiance dans toute la filière cotonnière.

La culture du coton, pilier économique pour de nombreuses familles, suit un calendrier bien défini. Les semis débutent entre novembre et décembre, tandis que les récoltes s’étalent entre juin et juillet, avec une commercialisation qui se poursuit généralement jusqu’au mois d’août. Pourtant, aujourd’hui, de nombreux agriculteurs affirment avoir terminé une saison entière et entamé la suivante sans avoir perçu le moindre paiement de leur production précédente.

 

Ce décalage entre production et rémunération a des conséquences directes sur la vie des producteurs. Les revenus du coton servent habituellement à couvrir des dépenses essentielles, notamment la scolarité des enfants au mois de septembre, l’achat de semences, d’engrais et d’autres intrants agricoles. Privés de ces ressources au moment opportun, les agriculteurs se retrouvent contraints de s’endetter ou de réduire leurs activités, compromettant ainsi leur stabilité économique.

Plus préoccupant encore, selon plusieurs témoignages, ces retards ne sont pas un phénomène isolé. Depuis 2022, ils semblent s’installer dans la durée, suscitant incompréhension et frustration au sein des communautés rurales. Paradoxalement, cette situation intervient dans un contexte où le prix d’achat du coton a été revu à la hausse, passant de 600 à 800 FBu le kilogramme. Une avancée saluée par les producteurs, mais dont l’impact reste limité tant que les paiements ne sont pas effectués dans des délais raisonnables.

 

Le retard de paiement affecte d’autres secteurs de la vie

 

Béatrice Tuyizere de la colline Rusiga, zone Kibuku est cultivatrice de coton. Elle raconte une situation devenue difficile à supporter : « Cela fait maintenant plus de deux ans que nous recevons notre argent en retard. Parfois, on termine une saison et on commence une autre sans avoir été payés. Pourtant, nous travaillons dur, du semis jusqu’à la récolte. Le coton est notre principale source de revenus, mais aujourd’hui, nous ne savons plus comment organiser nos dépenses. »

Elle explique que ces retards ont des conséquences directes sur la vie quotidienne : « Nous avons des enfants à scolariser, des champs à préparer, mais sans argent à temps, tout devient compliqué. On est obligés d’emprunter ou de vendre d’autres biens. Cela décourage même certains agriculteurs qui pensent abandonner le coton. » Comme elle, plusieurs producteurs de la région disent perdre progressivement confiance dans la filière.

Face à cette situation, de nombreuses interrogations émergent : le coton burundais rencontre-t-il des difficultés sur le marché international ? La COGERCO fait-elle face à des contraintes financières ou organisationnelles ? Le manque de communication autour de ces retards ne fait qu’accentuer le malaise.

 

Le système d’encadrement de la filière renforce davantage cette tension. En effet, la COGERCO joue un rôle central en fournissant les semences, les engrais et les produits phytosanitaires, tout en attribuant les parcelles aux exploitants. Dans ce contexte, les producteurs se retrouvent dépendants d’un circuit unique, sans marge de manœuvre réelle face aux retards constatés.

Les agriculteurs lancent un appel pressant et sans équivoque aux responsables de la filière coton, en particulier à la COGERCO, ainsi qu’aux autorités publiques, pour une action immédiate : le paiement rapide et intégral des récoltes déjà livrées et la mise en place d’un calendrier clair et respecté de paiement.  Au-delà des revendications financières, c’est une question de dignité et de reconnaissance du travail des agriculteurs qui est posée.

 

Sauver la confiance dans la filière coton

 

Le coton demeure une culture stratégique pour le développement rural du Burundi. Mais sans une gestion rigoureuse et des engagements respectés, cette filière risque de perdre son principal pilier : les producteurs eux-mêmes.

Un système qui oblige à produire sans garantir un paiement à temps devient un facteur de pauvreté au lieu d’être un moteur de développement. Il est donc urgent que des mesures concrètes soient prises pour rétablir la confiance, sécuriser les revenus des agriculteurs et assurer la pérennité de la filière coton au Burundi. Plusieurs cotonniers rencontrés à Cibitoke dénoncent les retards de paiement et le manque d’informations claires sur la suite de la campagne. Certains appellent les autorités à agir rapidement afin d’éviter que ces difficultés ne se répètent lors des prochaines récoltes. « Nous avons travaillé dans des conditions difficiles, mais jusqu’à aujourd’hui, nous ne savons pas quand nous serons payés. Nous demandons aux autorités de suivre de près ce dossier », témoigne Tuyizere Beatrice une productrice de la localité.

 

Face aux inquiétudes exprimées par les producteurs, le chef du secteur coton dans la région Ouest, Bidahana Mathieu, appelle les cotonniers au calme et à la patience. Selon lui, la situation actuelle n’est pas isolée à la province de Cibitoke, mais concerne l’ensemble du pays. « Nous demandons aux producteurs de garder patience. La question du coton est déjà prise en main par la COGERCO au niveau national. Des démarches sont en cours pour apporter des solutions durables », a-t-il indiqué.

Il est donc urgent que des mesures concrètes soient prises pour rétablir la confiance, sécuriser les revenus des agriculteurs et assurer la pérennité de la filière coton au Burundi.

 

Une plantation de coton

                                                                                                                               

Pour Adip_Burundi Nzambimana Edouard