Face à l’aggravation de l’érosion sur plusieurs collines de la commune de Cibitoke, l’administration communale renforce les mesures de conservation des sols. Lors des travaux de développement communautaire du lundi 11 mai 2026, l’obligation d’aménager des courbes antiérosives sur les parcelles a été rappelée comme une priorité non négociable, dans une logique de protection durable des terres agricoles et d’amélioration de la productivité des petits exploitants.
Une décision ferme pour protéger le capital foncier.
Dans les zones particulièrement touchées, notamment Murwi, Bubogora et Masha, les autorités locales constatent une dégradation progressive des sols agricoles. Pour y faire face, la commune a décidé de renforcer l’application des dispositifs de lutte antiérosive, en rendant obligatoire la mise en place des courbes antiérosives sur toutes les parcelles exposées.
L’administration communale a averti que tout propriétaire ne respectant pas ces prescriptions pourra faire l’objet d’une intervention directe de la commune. Dans ce cas, la parcelle concernée serait temporairement récupérée, aménagée par les services techniques, puis exploitée pendant une période de trois ans afin de couvrir les coûts des travaux réalisés.
Une stratégie coercitive mais orientée vers la durabilité.
Cette approche, bien que contraignante, va accélérer l’adoption des pratiques de conservation des sols. Elle suscite déjà des réactions dans la communauté agricole, certains y voyant une mesure forte mais nécessaire pour préserver les terres cultivables.
« Si chacun protège sa parcelle, nous aurons de meilleures récoltes et nos enfants trouveront encore des terres productives demain », témoigne Jean Bosco Nduwimana, agriculteur de la colline Murwi.
Le défi de l’appropriation et de la maintenance des ouvrages.
Mais au-delà de la mise en place des dispositifs antiérosifs, la question de leur entretien reste centrale. Une étude menée en 2013 par Deogratias Niyonkuru, Marc Rwabuhungu et Pascal Masila Mulungula souligne que l’efficacité des systèmes de lutte antiérosive dépend fortement de leur appropriation par les ménages agricoles.
Les auteurs relèvent que les approches fondées uniquement sur la coercition ou les incitations ponctuelles tendent à produire des effets limités dans le temps, souvent confinés à la durée des projets. Ils recommandent plutôt des approches participatives, basées sur la formation, l’animation communautaire et l’adoption de modèles simples à mettre en œuvre, notamment les haies antiérosives intégrées à des systèmes agricoles et d’élevage.
Un investissement rentable pour les ménages agricoles.
Les courbes antiérosives jouent un rôle essentiel dans la protection des sols. Elles réduisent la vitesse de ruissellement des eaux de pluie, limitent la perte des éléments nutritifs et améliorent l’infiltration de l’eau dans le sol. À moyen et long terme, elles contribuent à l’augmentation des rendements agricoles et à la réduction des pertes liées aux aléas climatiques.
Pour les petits exploitants, ces aménagements représentent également une opportunité économique et productive. « Sur les bordures, nous pouvons planter de l’herbe pour nourrir les chèvres et les vaches. La terre nous aide alors de plusieurs façons », explique Marie Chantal Niyonzima, agricultrice et éleveuse de Bubogora.
Vers un développement rural durable et résilient.
Dans une commune où l’agriculture demeure la principale source de revenus, la lutte contre l’érosion s’impose comme un levier stratégique de développement durable. Elle permet de préserver le capital foncier, d’améliorer la productivité agricole et de renforcer la résilience des ménages face aux changements climatiques.
En renforçant les mesures de conservation des sols, la commune de Cibitoke envoie un message clair : la protection de la terre est un investissement essentiel pour garantir des moyens de production durables, soutenir l’autonomie des exploitants et construire un monde rural plus prospère et résilient.