À Cibitoke, l'érosion continue de menacer les terres agricoles, principale source de revenus des ménages ruraux. Pour y faire face, l'administration communale a rendu obligatoire l'aménagement des fossés antiérosifs sur les parcelles exposées. Si cette mesure est saluée pour son ambition de préserver les sols, des agriculteurs et des spécialistes estiment qu'elle ne produira des résultats durables que si elle est suivie d'un meilleur accompagnement des producteurs. Au-delà de la protection des terres, c'est la dignité du paysan, sa capacité à vivre décemment de son travail, qui est en jeu.
Préserver les terres, une responsabilité partagée pour assurer l'avenir agricole
Lors des travaux de développement communautaire organisés le 11 mai 2026, l'administration communale de Cibitoke a réaffirmé le caractère obligatoire de l'aménagement des fossés antiérosifs sur les parcelles situées dans les zones les plus exposées, notamment Murwi, Bubogora et Masha.
Cette décision intervient dans un contexte où les pluies emportent chaque année une partie de la couche fertile des sols, entraînant une baisse des rendements agricoles et fragilisant davantage les ménages qui vivent essentiellement de l'agriculture.
Les autorités préviennent que les propriétaires qui ne respecteront pas cette obligation pourront voir leurs parcelles temporairement reprises, aménagées par les services techniques communaux puis exploitées pendant trois ans afin de couvrir les coûts des travaux.
Pour Jean Bosco Nduwimana, habitant de la colline Murwi, protéger les terres est une nécessité. «Si nous perdons nos sols, nous perdons aussi notre avenir. Les fossés antiérosifs nous aideront à produire davantage, mais nous avons aussi besoin d'être accompagnés pour bien les aménager et les entretenir.»
La dignité du paysan ne se construit pas seulement avec des obligations
Les techniciens communaux montrent que les ouvrages antiérosifs produisent des résultats durables lorsqu'ils sont compris, acceptés et entretenus par les agriculteurs eux-mêmes et recommandent de renforcer les formations, les démonstrations pratiques et l'encadrement technique afin que les paysans s'approprient ces techniques.
Les fossés antiérosifs permettent de retenir les eaux de pluie, de limiter les pertes de fertilité et d'améliorer progressivement la productivité des exploitations. Elles offrent également la possibilité de planter des herbes fourragères ou des espèces fixatrices d'azote, créant ainsi des bénéfices supplémentaires pour les ménages.
Marie Chantal Niyonzima, paysanne de Bubogora, souligne que la protection des terres est indispensable, mais qu'elle doit être accompagnée d'autres appuis. « Même si nous produisons d'avantage, nous avons encore des difficultés à vendre nos récoltes à un prix rémunérateur. Nous avons besoin de marchés, de semences de qualité et d'un meilleur accès aux crédits agricoles. »
D’autres producteurs rencontrés estiment que la lutte contre l'érosion devrait s'inscrire dans une approche plus globale du développement rural. Ils plaident pour un accompagnement régulier des services agricoles, le renforcement des organisations paysannes, la disponibilité d'intrants de qualité, l'accès aux financements et la création de débouchés permettant de mieux valoriser leur production.
Les techniciens communaux rappellent qu'une terre protégée n'améliore les conditions de vie que si les récoltes permettent effectivement aux familles de sortir de la pauvreté. Sans revenus suffisants, les investissements consentis par les paysans risquent de ne pas produire les effets attendus.
Investir dans les terres, c'est investir dans les femmes et les hommes qui les cultivent
La lutte contre l'érosion ne devrait pas être perçue uniquement comme une exigence administrative, mais comme une opportunité de renforcer la résilience des exploitations familiales face aux changements climatiques. Pour y parvenir, les autorités publiques, les partenaires au développement, les institutions financières et le secteur privé sont appelés à investir davantage dans les petits producteurs, qui assurent une grande partie de l'alimentation du pays, explique Nahimana Prosper, un agri chercheur de la commune Cibitoke.
Garantir la dignité du paysan, c'est lui permettre de protéger ses terres, d'accéder aux connaissances, aux financements, aux marchés et à une rémunération juste de son travail. Une agriculture durable ne se construit pas seulement avec des ouvrages antiérosifs, mais aussi avec des politiques qui placent le producteur au centre du développement.
La lutte contre l'érosion ouvre ainsi un débat plus large à Cibitoke : préserver la fertilité des sols est indispensable, mais garantir au paysan les moyens de produire, de vendre sa récolte à un prix juste et de vivre dignement de son métier demeure la condition essentielle d'un développement rural durable.
Pour Adip_burundi Nzambimana Edouard