Le kilo de riz décortiqué se vend actuellement entre 3 800 et 4 000 francs burundais sur le marché communal de Muhanga, dans la province de Butanyerera. Cette baisse intervient après une période de forte production dans les marais de la rivière Ruvubu, où environ 800 hectares ont été exploités.
Avant la récolte, le prix atteignait jusqu’à 7 000 FBu le kilo. L’arrivée massive de la production sur le marché a entraîné une chute rapide des prix, dans un contexte où la demande reste relativement stable.
Des producteurs dénoncent des prix jugés injustes
Sur le terrain, les producteurs expriment leur inquiétude face à cette situation. Selon Fabiola Irambona, rizicultrice dans les marais de la Ruvubu, les prix actuels ne permettent pas de couvrir les charges de production :
« La culture du riz demande beaucoup de moyens : semences, fumure, labour, repiquage, désherbage, surveillance, récolte, séchage et décorticage. À 3 800 ou 4 000 FBu, nous travaillons à perte. Le prix juste devrait être autour de 6 000 FBu », affirme-t-elle.
D’autres producteurs partagent ce constat, estimant que la vente au moment de la récolte les place dans une position de faiblesse face au marché.
Une loi de l’offre… mais surtout un appel à une meilleur organisation d’organisation
Cette baisse des prix s’explique en partie par la loi de l’offre et de la demande : une forte production concentrée dans le temps provoque une saturation du marché.
Mais au-delà de ce mécanisme classique, le problème central reste l’absence d’une organisation de la production et de la commercialisation agricole, capable de lisser l’offre dans le temps.
Une faible planification économique des productions
Aujourd’hui, la production agricole est essentiellement individuelle et peu coordonnée. Chaque ménage produit selon ses capacités, sans coordination des volumes ou des périodes de mise sur le marché.
Dans la plupart des cas, les producteurs ne connaissent pas précisément leurs coûts réels de production, ne disposent pas de mécanismes de stockage suffisants, et vendent immédiatement après récolte pour répondre à des besoins urgents de liquidité.
Cette situation crée une pression massive sur les prix chaque saison de récolte.
Renforcer l’accompagnement des producteurs : au-delà des techniques, une urgence de rentabilité et de gestion économique
Au-delà des appuis classiques centrés sur les itinéraires techniques, l’accès aux semences améliorées ou aux intrants agricoles, la situation actuelle appelle à une transformation plus profonde de l’accompagnement des producteurs.
Les acteurs du développement (État, ONG, projets agricoles, organisations paysannes) sont ainsi interpellés à déplacer leur intervention vers une approche plus économique et intégrée de l’exploitation familiale, centrée sur la rentabilité réelle et la maîtrise de la chaîne de valeur.
Passer de la production à la conscience de la rentabilité réelle
Un enjeu majeur reste la faible prise de conscience du coût réel de la production agricole. Dans de nombreux cas, le producteur considère qu’il a “gagné” dès qu’il a vendu sa récolte et encaissé un montant important. Or, cette perception est souvent trompeuse.
Il devient donc essentiel d’accompagner les producteurs à développer une culture de la gestion économique de l’exploitation, capable de distinguer clairement les coûts de production et le bénéfice réel.
Une situation qui dépasse le riz : le cas du café
Cette problématique n’est pas propre au riz. Elle se retrouve également dans la filière café, pourtant plus structurée et encadrée.
Dans le café, les prix sont fixés dans un cadre réglementé avec des mécanismes de concertation entre acteurs de la filière. Toutefois, de nombreux producteurs continuent de dénoncer des prix qui ne couvrent pas les coûts de production.
Les plaintes sont similaires à celles observées dans le riz : malgré un système plus organisé, les producteurs estiment que la rémunération de leur effort reste insuffisante.