Sur la colline Mivo de la zone Makamba dans la commune de Nyanza-Lac, les agriculteurs font face à une situation préoccupante. Plusieurs cultures vivrières qui constituent la base de l’alimentation des ménages, notamment le taro (colocase), le manioc, la banane et les haricots, ainsi que les avocatiers sont fortement touchés par des maladies dont l’origine demeure inconnue. Les habitants craignent que ces cultures ne disparaissent progressivement si aucune solution durable n’est trouvée.
Depuis plusieurs saisons culturales, les producteurs observent une baisse inquiétante des récoltes. Les plantes présentent différents symptômes, notamment le dessèchement des feuilles, la pourriture des racines et des tubercules ainsi qu’une faible productivité. Cette situation affecte directement les conditions de vie des familles qui dépendent principalement de l’agriculture pour leur subsistance.
Mme Bizimana Trifera, agricultrice de la colline Mivo, témoigne avoir investi du temps et des ressources dans la culture du taro et du maïs. Cependant, au moment de la récolte, elle a constaté que la majorité des tubercules étaient attaqués par une maladie qui les rendait impropres à la consommation. « Nous travaillons dur dans nos champs, mais au moment de la récolte, nous trouvons des tubercules abîmés et pourris. Nous ne comprenons pas ce qui se passe », explique-t-elle avec inquiétude.
Selon elle, les bananiers connaissent également de sérieux problèmes sanitaires. Plusieurs maladies affectent les plantations, réduisant fortement les rendements et menaçant une culture qui représente une source importante de nourriture et de revenus pour les familles de la région.
Des recherches approfondies sont nécessaires
Mme Ndayishimiye Beoline partage les mêmes préoccupations. Elle indique que les agriculteurs ont bénéficié de conseils techniques de la part des agronomes et d’autres spécialistes du secteur agricole. Certains traitements et méthodes de lutte contre les maladies leur ont été recommandés. Toutefois, malgré les efforts consentis, les résultats restent peu satisfaisants.
Pour cette agricultrice, le problème pourrait être lié à la dégradation ou à la contamination des sols. Elle estime que des recherches approfondies sont nécessaires afin d’identifier les véritables causes de ces maladies et de proposer des solutions adaptées aux réalités locales.
Les inquiétudes ne se limitent pas à la commune de Nyanza-Lac. Des cultivateurs des provinces de Kayanza, Cankuzo, Kirundo, Ruyigi, Rutana et Bubanza signalent des problèmes similaires affectant diverses cultures, notamment les haricots, le manioc et les bananiers.
Mme Niyonzima Charlotte, de la zone Muzinda en commune Mpanda, affirme que les bananiers ont presque disparu dans certaines localités.
« Lorsque nous plantons de nouveaux bananiers, nous constatons qu’ils sont déjà contaminés. Beaucoup finissent par sécher et disparaître », déclare-t-elle.
Face à cette situation, Ntakirutimana Déogratias lance un cri d’alarme aux techniciens agricoles et aux autorités compétentes. « Nous demandons aux spécialistes agricoles de venir nous aider à identifier l’origine de cette maladie qui menace nos cultures depuis maintenant quatre ans », indique-t-il.
Les producteurs signalent également l’apparition de maladies sur les avocatiers. Mme Hasabwimfura Consolatte explique que plusieurs arbres se dessèchent sans cause apparente.
« Nous souhaitons développer la culture de l’avocat, mais une maladie dont nous ignorons l’origine attaque les arbres. Ils se dessèchent progressivement et les fruits tombent avant leur maturité. Nous demandons aux spécialistes de nous venir en aide avant que toutes nos cultures ne disparaissent », affirme-t-elle.
Face à cette situation, les habitants lancent un appel aux responsables de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement aux niveaux de la zone, de la commune, de la province et du pays. Ils demandent l’organisation d’études scientifiques et d’analyses de terrain afin de mieux comprendre les facteurs qui favorisent la propagation de ces maladies.
Les agriculteurs craignent que l’absence d’intervention rapide ne conduise à une aggravation de l’insécurité alimentaire dans plusieurs régions du Burundi. Pour de nombreux ménages, ces cultures représentent la principale source d’alimentation quotidienne et de revenus. Leur disparition pourrait avoir de lourdes conséquences sur la nutrition des familles et sur l’économie locale.
Malgré ces difficultés, certains producteurs observent avec espoir qu’une variété de manioc connue sous le nom d’«Inabusegenya » semble mieux résister aux maladies qui touchent les autres cultures. Ils recommandent aux autorités et aux partenaires du secteur agricole d’encourager la multiplication de cette variété et de poursuivre la recherche d’autres semences résistantes.
Les habitants de Mivo demandent également l’appui de spécialistes capables de développer des stratégies efficaces de prévention et de lutte contre les maladies des cultures. Selon eux, la protection des cultures vivrières est indispensable pour garantir la sécurité alimentaire des communautés rurales et préserver les moyens de subsistance des ménages.
Pour les agriculteurs de cette localité, l’avenir de l’agriculture dépendra de la rapidité avec laquelle des solutions concrètes seront mises en œuvre afin de sauver ces cultures essentielles à la vie de la population.