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Des cultures vivrières menacées par des maladies : Les habitants appellent à une intervention urgente des autorités compétentes.

Publié : Lundi 22 juin 2026 14:49

Sur la colline Mivo de la zone Makamba dans la commune de Nyanza-Lac, les agriculteurs font face à une situation préoccupante. Plusieurs cultures vivrières qui constituent la base de l’alimentation des ménages, notamment le taro (colocase), le manioc, la banane et les haricots, ainsi que les avocatiers sont fortement touchés par des maladies. Les habitants craignent que ces cultures ne disparaissent progressivement si aucune solution durable n’est trouvée.

 

Depuis plusieurs campagnes agricoles, les producteurs font face à une dégradation progressive de la santé des cultures, caractérisée par une baisse significative des rendements et une multiplication des symptômes affectant les plantes. Dans plusieurs exploitations, les agriculteurs observent le dessèchement prématuré des feuilles, le dépérissement des plants, ainsi que des cas importants de pourriture des racines et des tubercules, compromettant la qualité et la quantité des récoltes.

 

Cette situation constitue une menace majeure pour les ménages ruraux dont les moyens d’existence reposent principalement sur l’agriculture. La diminution des productions entraîne non seulement une réduction des disponibilités alimentaires, mais aussi une perte des revenus issus de la vente des surplus agricoles, accentuant la vulnérabilité économique des familles.

 

Sur la colline Mivo, Mme Bizimana Trifera, agricultrice, témoigne de l’ampleur des difficultés rencontrées dans ses parcelles. Après avoir investi son temps et ses ressources dans la culture du taro et du maïs, Mme Bizimana Trifera a constaté, au moment de la récolte, qu’une grande partie des tubercules présentait des symptômes de pourriture et de dégradation avancée, entraînant d’importantes pertes de production et rendant une partie de la récolte non consommable.

 

« Nous consacrons beaucoup d’efforts à nos champs et nous espérons toujours une bonne récolte. Pourtant, au moment de récolter, nous découvrons que les tubercules sont atteints de pourriture et se dégradent rapidement. Nous ne savons pas exactement ce qui provoque cette situation », explique-t-elle, préoccupée par l’avenir de sa production.

 

Au-delà du taro, les producteurs signalent également une situation préoccupante dans les bananeraies. Les attaques de différentes maladies affaiblissent progressivement les plantations, provoquant une diminution importante des rendements d’une culture pourtant stratégique pour l’alimentation quotidienne et les revenus des ménages. Face à cette situation, les agriculteurs expriment le besoin d’un accompagnement technique renforcé afin d’identifier les causes profondes de ces problèmes et de mettre en place des solutions durables pour restaurer la productivité des exploitations.

 

Au-delà du traitement des maladies : investir dans la prévention et la résilience des agroécosystèmes

 

Mme Ndayishimiye Beoline partage les mêmes préoccupations que de nombreux producteurs confrontés à la dégradation progressive de leurs cultures. Elle témoigne que les agriculteurs ont déjà bénéficié de l’accompagnement des agronomes et d’autres spécialistes du secteur agricole, à travers des conseils techniques, des recommandations sur les pratiques culturales ainsi que des méthodes de lutte contre les maladies. Malgré ces interventions, les résultats restent insuffisants et les pertes continuent d’affecter les exploitations.

 

Selon cette agricultrice, la persistance du problème pourrait être liée à des facteurs plus profonds, notamment la dégradation progressive de la qualité des sols ou leur contamination. Elle estime qu’il est indispensable de mener des recherches approfondies afin de mieux comprendre les causes réelles de ces phénomènes et de développer des solutions adaptées aux conditions agroécologiques locales.

Face à la récurrence de ces problèmes, il apparaît nécessaire de dépasser une approche limitée au traitement des symptômes pour s’intéresser davantage aux facteurs qui favorisent l’apparition et la propagation des maladies.

 

D’un point de vue agronomique, les problèmes sanitaires des cultures sont souvent liés à une combinaison de facteurs affectant l’équilibre des agroécosystèmes : appauvrissement progressif de la fertilité des sols, diminution de la matière organique, perturbation de la vie biologique des sols, utilisation répétée de matériel végétal insuffisamment contrôlé ou peu adapté, faiblesse des dispositifs de surveillance phytosanitaire et investissements encore limités dans la sélection de variétés résistantes ou tolérantes.

 

Lorsque les interventions se concentrent uniquement sur la lutte contre les agents pathogènes après leur apparition, elles risquent de conduire à une succession de traitements coûteux, sans garantir une solution durable. La situation observée dans plusieurs provinces du Burundi doit ainsi être considérée comme un signal d’alerte invitant à repenser les stratégies de gestion de la santé des cultures.

 

Il devient urgent d’orienter davantage les investissements vers une approche préventive et intégrée reposant sur plusieurs leviers complémentaires :

  • le renforcement des programmes nationaux de recherche, de sélection et de diffusion de semences et de plants présentant une meilleure résistance ou tolérance aux principales maladies ;
  • la restauration durable de la fertilité biologique et chimique des sols à travers des pratiques agroécologiques adaptées aux différents contextes locaux ;
  • le développement et la vulgarisation de solutions de biocontrôle ainsi que de méthodes alternatives de gestion des maladies accessibles aux petits producteurs ;
  • la mise en place d’un accompagnement technique continu permettant un diagnostic précoce et une gestion intégrée des risques phytosanitaires ;
  • le renforcement d’un système national de surveillance phytosanitaire capable d’identifier rapidement les nouveaux foyers et de coordonner les réponses appropriées.
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La sécurité alimentaire du Burundi ne dépendra donc pas seulement de notre capacité à intervenir lorsque les maladies apparaissent, mais surtout de notre aptitude collective à construire des agroécosystèmes plus sains, plus résilients et plus productifs. Cette transformation nécessite une convergence des efforts entre la recherche, les services de vulgarisation, les organisations paysannes, les partenaires techniques et financiers ainsi que les pouvoirs publics.

 

Un phénomène qui dépasse une région : des foyers similaires signalés dans plusieurs provinces du Burundi

 

Les inquiétudes exprimées à Nyanza-Lac ne constituent pas un cas isolé. Dans plusieurs autres provinces du Burundi, notamment Kayanza, Cankuzo, Kirundo, Ruyigi, Rutana et Bubanza, des producteurs rapportent des difficultés similaires affectant différentes cultures vivrières et de rente, parmi lesquelles les haricots, le manioc et les bananiers.

 

Ces témoignages révèlent une préoccupation grandissante au sein des communautés agricoles, confrontées à des pertes de production liées à l’apparition de maladies et au dépérissement progressif de certaines cultures stratégiques pour la sécurité alimentaire et les revenus des ménages.

Dans la zone Muzinda, en commune Mpanda, Mme Niyonzima Charlotte témoigne notamment de la situation préoccupante des bananeraies. Selon elle, dans certaines localités, les bananiers ont fortement régressé, voire presque disparu.

 

« Lorsque nous plantons de nouveaux bananiers, nous constatons qu’ils sont déjà contaminés. Beaucoup finissent par sécher progressivement avant de disparaître », explique-t-elle, illustrant l’ampleur des difficultés rencontrées par les producteurs.

La multiplication de ces signalements dans différentes régions du pays montre que les problèmes sanitaires des cultures méritent une attention dépassant les seules interventions ponctuelles au niveau local. Ils appellent à une analyse plus approfondie des facteurs communs susceptibles de fragiliser durablement les systèmes de production agricole.

 

Un appel à l’action pour préserver le patrimoine agricole et la sécurité alimentaire

 

Les différents témoignages recueillis dans plusieurs régions du Burundi montrent que les problèmes sanitaires affectant les cultures ne peuvent plus être considérés comme des incidents isolés à traiter au cas par cas. La diversité des cultures touchées et la persistance des symptômes observés soulignent la nécessité d’une meilleure compréhension des facteurs qui fragilisent les systèmes de production agricole.

 

Au-delà de l’identification des agents responsables des maladies, l’enjeu est désormais de renforcer une approche globale de gestion de la santé des plantes, intégrant la recherche, la surveillance phytosanitaire, l’amélioration variétale, la restauration de la fertilité des sols et l’accompagnement technique de proximité des producteurs.

 

Face aux risques que représentent ces maladies pour la sécurité alimentaire et les revenus des ménages ruraux, une mobilisation coordonnée des chercheurs, des services agricoles, des organisations paysannes, des partenaires techniques et financiers ainsi que des pouvoirs publics apparaît indispensable.