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Gitega : une récolte de haricots en forte baisse, une alerte sur la sécurité alimentaire des ménages

Publié : Jeudi 4 juin 2026 12:04

La récolte des haricots de cette année s’annonce nettement en baisse dans plusieurs zones de la province de Gitega. Pour de nombreux ménages ruraux, cette situation dépasse le simple cadre agricole : elle se traduit directement par une période de soudure précoce, voire par une insuffisance alimentaire, le haricot constituant l’un des principaux aliments de base au Burundi.

 

Dans un pays où cette légumineuse occupe une place centrale dans l’alimentation quotidienne et les revenus des ménages, toute baisse de production a des répercussions immédiates sur la sécurité alimentaire.

 

Des récoltes réduites et des ménages sous pression

 

Dans plusieurs localités, les producteurs constatent une baisse importante des rendements.« Cette année, la récolte de haricots a baissé de moitié par rapport à ce que j’avais l’habitude de récolter », témoigne Nshimirimana Marguerite, agricultrice dans la commune de Gitega.

Pour de nombreux ménages, cette baisse signifie une diminution des stocks alimentaires, ce qui oblige à recourir plus tôt au marché ou à réduire la consommation. Le haricot, souvent base de l’alimentation quotidienne, devient alors un produit rare, accentuant la vulnérabilité des familles rurales.

 

Des causes multiples dans un contexte déjà fragile

 

Plusieurs facteurs expliquent cette situation :

  • des pluies irrégulières alternant sécheresse et excès d’eau ;
  • des épisodes de grêle ayant endommagé les cultures ; 
  • des difficultés d’accès aux engrais chimiques, notamment des retards dans la distribution ; 
  • et la hausse du coût des tuteurs de haricots, limitant leur utilisation. 

Les producteurs soulignent également que les intrants arrivent parfois tardivement, réduisant leur efficacité sur la campagne en cours.

 

Une vulnérabilité agricole connue, mais qui appelle désormais des réponses concrètes

 

Les aléas climatiques et les difficultés liées aux intrants agricoles, notamment les engrais, sont des réalités bien connues du système agricole burundais. Leur impact sur les rendements, en particulier pour des cultures sensibles comme le haricot, n’est plus à démontrer.

Cependant, il devient de moins en moins pertinent de s’y attarder comme de simples constats récurrents. Ces contraintes, bien qu’importantes, ne peuvent plus constituer le point de blocage principal de l’action. L’enjeu aujourd’hui est de passer à des réponses concrètes, adaptées et immédiatement applicables pour une culture aussi vitale que le haricot.

 

Dans ce sens, plusieurs initiatives sont déjà en cours, notamment la promotion du compostage et d’autres approches visant à améliorer la fertilité des sols. Ces efforts vont dans la bonne direction et méritent d’être consolidés.

Mais la situation actuelle exige davantage : des solutions ciblées, spécifiques à cette culture, capables de produire des effets rapides sur la disponibilité alimentaire des ménages.

 

C’est dans cette perspective que s’inscrivent les pistes proposées ci-après, non pas comme des réponses théoriques, mais comme des orientations concrètes visant à susciter le débat et à réunir des propositions d’actions plus efficaces sur le terrain.

 

1. Investir dans des essais de fertilisation biologique du haricot

 

Il est nécessaire de renforcer les investissements dans des essais agronomiques ciblés sur le haricot afin de tester différentes formes de fertilisation biologique adaptées aux conditions locales.

Ces essais devraient permettre d’identifier des solutions efficaces, reproductibles et rapidement vulgarisables à grande échelle, afin d’offrir des alternatives concrètes aux engrais chimiques.

 

2. Développer des semences rustiques et valoriser les systèmes paysans

 

En complément à la recherche agricole, notamment à travers l’ISABU, devrait intensifier le développement de variétés de haricot plus rustiques, résistantes aux stress climatique, les systèmes de semences paysannes, déjà largement pratiqués dans les ménages à travers l’autoconservation, devraient être mieux valorisés et améliorés plutôt que marginalisés, en intégrant des approches de sélection participative.

 

3. Anticiper la soudure en développant des compléments au haricot

 

Dans un contexte où la campagne de haricot est déjà marquée par une baisse de production dans plusieurs zones, la question n’est plus seulement celle de la production actuelle, mais celle de la gestion de la période de soudure où de nombreux ménages ruraux voient leurs stocks alimentaires s’épuiser. Face à cette réalité, il devient essentiel d’intégrer dans les stratégies agricoles des cultures capables de combler ce vide alimentaire de mi-saison, en complément du haricot.

 

Dans ce cadre, certaines légumineuses peuvent jouer un rôle stratégique lorsqu’elles sont planifiées et cultivées spécifiquement en campagne A.

Le niébé en est un exemple important entre Février et Juin. 

Dans la même logique, d’autres légumineuses peuvent être envisagées dans les systèmes de diversification en campagne A, selon les zones agroécologiques comme le pois d’Angole (Cajanus cajan), qui peut assurer une production progressive et parfois différée dans le temps.

 

Les élans de rupture ne sont souvent que des détours : les chemins anciens savent attendre leur heure.