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Les fossés anti-érosifs à Muruta, un succès prometteur, mais quid de leur pérennité et de leur pertinence?

Publié : Lundi 22 janvier 2024 09:26
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La lutte contre l’érosion par les fossés antiérosifs est une méthode largement utilisée. Cette technique permet aussi d'améliorer la gestion de l'eau en ralentissant son écoulement. En favorisant son infiltration dans le sol, elle contribue à une utilisation plus efficace des terres. Les agriculteurs qui ont adopté cette pratique ont connu une augmentation significative de leur production agricole, témoignant ainsi de son efficacité et de ses avantages. 

 

Isidore NIYONZIMA, agronome communal de Muruta dans la province de Kayanza, soutient avec conviction que les fossés antiérosifs constituent un facteur déterminant dans l'obtention de bonnes récoltes. Il a récemment communiqué, le 20 décembre 2023, que la coopérative COCODE (Coopérative de Commerce et de Développement) avait lancé, il y a un an, un programme ambitieux de traçage des fossés antiérosives au sein de l'initiative PRODEFI (Programme de Développement des Filières), dont les résultats se sont traduits par une augmentation significative de la production. Selon ses observations, la commune de Muruta connaissait autrefois des rendements médiocres ; par exemple, sur une superficie d'un hectare, la récolte de pommes de terre se limitait péniblement à 1 ou 2 tonnes. Cependant, à l'heure actuelle, cette même surface permet d'atteindre des rendements remarquables, oscillant entre 18 et 20 tonnes pour la  culture de pomme de terre. L'augmentation des récoltes se constate aussi pour d'autres cultures notamment le maïs, le blé et bien d'autres encore.       

 

Vers une réussite confirmée ! 

 

L'administration communale révèle une première opportunité marquante : la sensibilisation d'une population déjà consciente de l'importance vitale de la lutte antiérosive. Une population qui s'est aisément approprié cette pratique cruciale. En étroite collaboration avec l'administration communale, l'agronome communal a mobilisé ainsi l'ensemble des habitants pour tracer des fossés antiérosif sur les courbes de niveau dans la commune de Muruta.  

Cette pratique a diminué sensiblement les ravages des eaux de ruissellement, évitant tout débordement des ruisseaux dans les marais. Désormais, les précieux intrants agricoles ne sont plus emportés, mais demeurent dans les champs où ils ont été utilisés.  

 

Aaron KaragiwenImana, jeune représentant du PAEJE (Programme d'Autonomisation Économique et d'Emploi des Jeunes) au sein de la commune Muruta, confirme les avantages indéniables des fossés antiérosives, pour les jeunes qui se sont intéressés à la mise en œuvre de projets dans le domaine agricole. Ils se lancent désormais dans l'agriculture sans appréhension relatives aux risques de mauvaise récolte  faute de  protection des terres contre le ruissellement des eaux 

 

Témoignage des concernés 

 

« Je m’appelle Paul Nyabenda et j'ai sollicité un crédit auprès du PAEJE afin de cultiver 1,5 hectare de pommes de terre. D'après mes observations, je m'attends à obtenir une récolte de  30 tonnes au minimum. Bien que la production soit influencée par divers facteurs, creusage des fossés antiérosifs sur les courbes de niveau en est l'un des principaux » déclare avec conviction ce jeune résidant de Muruta.

 

L'agronome communal de Muruta encourage vivement les autres communes à sensibiliser leur population et à adopter cette excellente pratique de creusage des fossés antiérosifs sur les es courbes de niveau. 

 

Il est de notre devoir de protéger nos terres cultivables contre l’érosion afin de garantir des récoltes fructueuses. De plus, cela s’inscrit dans la vision du président de la République du Burundi, qui aspire à l’autosuffisance alimentaire et à l’amélioration des conditions économiques pour tous les citoyens.

 

Déterminants de la pérennité des systèmes antiérosifs au Burundi…

 

Le manuel collectif  « Vers une bonne gouvernance des ressources naturelles collectives dans la région des grands lacs Africains » dans son chapitre 13 présente une étude réalisée pour dégager les déterminants de la pérennité des systèmes antiérosifs au Burundi.

 

L’ouvrage nous briefe d’abord sur l’histoire de la lutte antiérosive au Burundi qui part de la période coloniale où  les programmes de développement y ont investi des moyens importants, imposant aux paysans de creuser des fossés antiérosifs sous peine de sanctions. Plus tard on envisagea la rémunération de la main d’œuvre et l’action collective pour diminuer la pénibilité du travail mais là encore, le paysan burundais qui n’a qu’un espace cultivable limité a préféré exploiter tout le terrain. L’article cite  cite un constat du rapport final du séminaire national sur la stratégie de la conservation des eux et des sols au Burundi tenu à Bujumbura du 20 au 24 octobre 1986 sous la supervision du ministère de l’agriculture et de l’élevage et de la FAO qui indiqua qu’au cours de ces programmes et projets que : ‘’les fossés antiérosifs furent largement privilégiés alors qu’il s’agit d’une technique chère qui ne concurrence en rien les haies antiérosives à condition que ces dernières soient continues et assez larges (50cm)’’.

 

Pendant et après la guerre de 1993, les systèmes furent détruits. C’est là que commença la gratuité… Les populations furent rémunérées pour tous les travaux (distribution de l’outillage, le food for work, le cash for work, la distribution d’herbes fixatrices et de animaux, etc.).

 

L’étude nous relève que là où les systèmes antiérosifs existent, la fréquence de leur renouvellement reste relativement faible. En effet, 41.4% des propriétaires des systèmes antiérosifs les ont renouvelés une seule fois, 28.3% deux fois, et 14.1% trois fois contre 16.2% qui ne les ont jamais renouvelés. Malgré que ce soient des systèmes très jeunes, (70.2% datent de moins de trois ans et 90.4% de moins de sept ans), ces fréquences restent quand même faibles comparées à la fréquence moyenne de renouvellements reconnue à un système antiérosif (Roose, 2004).

 

D’après cette étude, les déterminants de la pérennité des fossés antiérosifs sont :

  • Le niveau d’instruction du chef de ménage ;
  • La taille de l’exploitation agricole ;
  • La possibilité d’utiliser la main d’œuvre salariée
  • Le niveau de richesse du ménage exprimée en terme de recettes (et non curieusement les dépenses);
  • Le niveau de perception de la gravité de l’érosion 
  • La possession d’arbres agroforestiers

 

Le point important à retenir de cette étude, est que les chefs de ménage ayant conservé le système antiérosif sont ceux-là même qui affirment que le dernier projet qui a vulgarisé les techniques antiérosives sur les collines a donné gratuitement de l’outillage comme des houes, des pelles, des pics, etc. Il s’agit bien ici de vulgarisation, c’est-à-dire un travail intensif de démonstration et d’animation à l’écoute des gens et de leurs problèmes et non de la simple mobilisation qui n’a pas produit de résultat probant durant de longues années.

 

Chefs de Muruta…

 

Il serait erroné de considérer que le simple creusage de ces fossés est suffisant pour assurer la pérennité de ces résultats. Pour garantir la continuité de ce travail bénéfique, il est impératif d'engager des activités de vulgarisation approfondies. Cela nécessite un effort soutenu de démonstration et d'animation, axé sur l'écoute des préoccupations des gens et la résolution de leurs problèmes spécifiques. Mobiliser la population seule n'a pas donné de résultats probants pendant de nombreuses années. Ainsi, il est primordial d'adopter une approche plus complète et engagée pour consolider les acquis et assurer le succès à long terme de cette initiative. La gratuité n’a pas non plus payé. En investissant dans la vulgarisation continue, nous pourrons préserver les bienfaits des fossés antiérosifs. 

 

NB. Notons en passant qu’au Burundi se généralise un abus de langage de parler de ‘’traçage de courbes de niveau’’ en lieu et place du creusage des fossés antiérosifs (sur les courbes de niveau…)