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Kayanza : Une maladie dangereuse ravageant les caféiers !

Publié : Jeudi 13 février 2025 09:18
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Dans la commune de Gatara, une maladie redoutable frappe les caféiers. Les producteurs de café sont en émoi. Ils tirent la sonnette d'alarme et lancent un appel urgent au secours. Cette maladie se manifeste par des taches sombres qui envahissent les feuilles des plants de café. Ces taches ne viennent pas seules. Elles attirent des colonies de fourmis qui achèvent de détruire les feuilles. La situation est grave, nécessitant une réponse rapide et efficace. 

 

« Pas un grain de café ne sera récolté d'un caféier touché par cette maladie ! » C'est l'alerte d'un producteur de la colline Mbirizi. Cette maladie, nommée anthracnose, débute par des taches blanches qui se transforment en taches sombres sur les feuilles. Elle s'attaque également aux tiges et aux fruits, causant des dégâts considérables aux caféiers. 

L’anthracnose du caféier (Colletotrichum kahawae) se manifeste par plusieurs symptômes visibles sur différentes parties de la plante :

 

1. Sur les feuilles

 

  • Taches brunes à noires souvent circulaires, avec un centre déprimé.
  • Décoloration jaunâtre autour des lésions.
  • Chute prématurée des feuilles en cas d’attaque sévère.
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2. Sur les jeunes rameaux

 

  • Nécroses noires allongées qui peuvent entraîner le dessèchement des branches.
  • Mortalité des bourgeons terminaux, limitant la croissance de l’arbre.
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3. Sur les fleurs et les fruits (cerises)

 

  • Chute prématurée des fleurs, réduisant la production de fruits.
  • Apparition de taches noires sur les jeunes fruits qui s’agrandissent et provoquent la momification des cerises.
  • Fruits desséchés et collés aux branches en cas d’infection avancée.

 

Les producteurs de Gatara s'inquiètent, sans intervention, leurs caféiers ne produiront plus. Si rien n'est fait, cette maladie fongique menace la récolte.

Le 12 février 2025, Havyarimana Jérémie, producteur de la colline Mbirizi, tire la sonnette d'alarme. « Cela fait deux ans que mes champs de caféiers sont attaqués. Depuis le début de cette année, j'ai déraciné 20 plants, tant, ils ont été gravement touchés. » Il souligne qu'un plant contaminé, même s'il fleuri bien, ne donnera rien, car il finit par se dessécher. Selon lui, même la lutte chimique ne donne plus de résultats ; la maladie revient. Les producteurs appellent les autorités agricoles à agir rapidement pour lutter contre cette menace. Sinon, la culture du café risque de disparaître.

Avec des conditions climatiques changeantes et des ressources limitées, les paysans de Gatara se sentent démunis. Ils demandent une intervention urgente des autorités compétentes et des experts en agriculture. 

 

Qu’en disent les autorités locales ?

 

Merchiade Nzisabira, agronome zonal de Mbirizi, alerte : « Cette maladie est présente sur presque toutes les collines de Gatara. ». La lutte chimique a été effectuées plusieurs fois, mais sans succès. La seule demande désespérée reste pulvérisateurs et des produits phytosanitaires. Selon lui, cela fait déjà dix ans qu'elle sévit à Gatara.

Adelin Niyonsaba, Directeur du Bureau Provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage (BPEAE), rassure les producteurs. « Les pulvérisateurs nécessaires sont déjà arrivées à Gatara cette semaine. ». Il précise que les caféiers attaqués ne donneront pas de récoltes, mais que la lutte chimique aura un impact d’ici octobre. Sindayigaya Evariste, agronome communal de Gatara, confirme que les pulverisateurs sont disponibles. Cependant, le produit Oxychlorure de Cuivre, essentiel pour lutter contre cette maladie, manque encore. 

Cette situation alarmante nous donne une leçon : L'importance de prévenir plutôt que de guérir.

 

L'anthracnose du caféier, causée principalement par Colletotrichum kahawae, est une maladie fongique qui attaque les feuilles, les branches et les cerises du caféier. Voici quelques solutions pour la prévenir et la contrôler :

 

Bonnes pratiques culturales

  • Utiliser des variétés résistantes : Certaines variétés de café sont naturellement plus tolérantes à l’anthracnose. 
  • Élaguer régulièrement : Enlever les branches et feuilles infectées pour améliorer l’aération et réduire l’humidité. 
  • Gérer l’ombrage : Trop d’ombre favorise l’humidité et la prolifération du champignon ; un ombrage modéré est préférable. 
  • Pratiquer la rotation des cultures : Éviter de cultiver du café en continu sur la même parcelle pour limiter l’accumulation du champignon dans le sol.
  • Contrôle de l’humidité et de la fertilisation
  • Améliorer le drainage du sol : Un sol bien drainé limite l’excès d’humidité, qui favorise la maladie.
  • Éviter les blessures aux plantes : Ne pas blesser les tiges et les feuilles, car les plaies facilitent l’infection.
  • Apporter une fertilisation équilibrée : Un bon apport en nutriments (azote, phosphore, potassium) renforce la résistance des plants.

Lutte biologique et traitements préventifs

  • Utilisation de biofongicides : Trichoderma spp. et Bacillus subtilis peuvent empêcher le développement du champignon.
  • Pulvérisation de décoctions naturelles : Le neem, l’ail ou le gingembre ont des propriétés antifongiques.
  • Traitement préventif au cuivre : La bouillie bordelaise ou l’oxychlorure de cuivre peuvent être appliqués avant l’apparition des symptômes, notamment en début de saison des pluies.

Hygiène de la plantation

  • Ramasser et détruire les fruits infectés pour éviter que les spores ne se propagent.
  • Désinfecter les outils de taille après chaque utilisation pour éviter la contamination.
  • Limiter les densités de plantation trop élevées pour assurer une bonne circulation de l’air.

Suivi et détection précoce

  • Inspecter régulièrement les plants pour repérer les premiers signes de la maladie.
  • Intervenir rapidement dès l’apparition des premiers symptômes pour éviter une propagation rapide.